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(Miniature) L'interview bleue : Théo Faure
Photo : FIVB
17/10/2025
L'interview bleue : Théo Faure
Un mois après la douloureuse élimination au Mondial avec l'équipe de France, Théo Faure débute un nouveau chapitre dans sa carrière. Après deux saisons à Cisterna, le pointu tricolore s'est engagé avec Trentino, le champion d'Italie en titre. Un beau défi pour l'ancien joueur de Toulouse et de Montpellier.
Comment s’est passé le dernier mois, depuis l’élimination avec les Bleus au Mondial jusqu’à ton arrivée à Trentino ?
Pour commencer, le retour a été vraiment brutal. Après avoir passé un été avec les gars en équipe de France, à être quasiment ensemble 24h/24 pendant trois ou quatre mois, l’aventure s’est arrêtée d’un coup. On est parti très vite des Philippines. Se dire au revoir dans le hall de l’aéroport, c’est brutal. En plus de la défaite, voir que l’aventure de l’été se termine… Les quelques jours de vacances ont fait du bien pour penser à autre chose, voir la famille et les proches. J’ai eu une petite semaine avant ma reprise en club.

Dans un nouveau club, en plus…
C’était cool de commencer une nouvelle aventure, de découvrir une nouvelle atmosphère, un nouveau club, une nouvelle structure. J’étais assez impatient de découvrir les gars avec qui je vais jouer cette saison. Pour la reprise, c’était assez intense sur le plan physique. En général, on finit l’été dans une forme optimale, puisque tout le travail est fait pour les matches de compétition. En club, on retombe sur une phase de préparation où il faut beaucoup s’envoyer, avec beaucoup de travail physique. On a récupéré nos gars petit à petit, notamment les deux Italiens (Michieletto et Lavia, ndlr) qui sont arrivés après leur titre. On a eu quelques matchs amicaux, et le championnat va bientôt démarrer. On a hâte !

Tu arrives dans un club d’une dimension nettement supérieure à Cisterna, as-tu pu rapidement mesurer cet écart ?
Il y a pas mal de différences, clairement. Les ambitions ne sont pas du tout les mêmes, on voit que tout est très précis au niveau de l’organisation, tous les petits détails. C’est assez fort de débarquer là et de voir que tout est fait pour qu’on soit dans les meilleures conditions possibles pour jouer.

Quand tu as eu cette offre de Trentino, on imagine que tu n’as pas beaucoup hésité…
Sportivement, c’était le meilleur projet que je pouvais avoir. Je suis très content d’arriver ici. Sur les dernières années, ils ont eu de très grands résultats, il y aura de l’attente sur ce plan-là, mais c’est ce que je suis venu chercher. Jouer pour gagner des titres, c’est ce qui fait rêver, et c’est ce qui fait se dépasser. L’année dernière, on s’est qualifié pour les playoffs avec Cisterna, et j’ai senti immédiatement un « gap » au niveau du jeu. Même nous, à Cisterna, notre niveau s’était élevé. Ce sont des matchs que je veux revivre.

"Trentino, un gros défi"

Après Toulouse, Montpellier, puis deux années pour découvrir l’Italie à Cisterna, te voilà chez le champion en titre. C’est une belle ascension, non ?
Je suis très content d’avoir pu faire ce chemin-là, mais maintenant c’est le gros défi qui se prépare. J’ai hâte de commencer le championnat, parce c’est une saison où l’on va jouer plusieurs compétitions, on va jouer tous les trois jours. La gestion de tous les moments chauds va être importante.

Connaissais-tu certains joueurs dans l’équipe ?
Il y a beaucoup de joueurs contre qui j’ai joué et que j’ai appris à connaître depuis mon arrivée. Et il y a l’Espagnol Jordi Ramon qui était à Cisterna avec moi pendant deux ans. Cela fait plaisir de le retrouver, il est arrivé dès le début de la préparation.

Quel est le niveau à l’entraînement dans un club comme Trentino ? Est-ce qu’on peut comparer cela à celui de l’équipe de France, par exemple ?
Marcelo Mendez, notre nouveau coach, impose beaucoup d’exigence à l’entraînement. Il y a un rythme très soutenu, le niveau monte clairement. Lors des premières semaines, c’était dur de se sentir bien sur le plan physique, mais cela fait partie du job, il y aura plein de moments pendant la saison où l'on sera fatigué et il faudra quand même bien s’entraîner. En équipe de France, je dirais que l’exigence vient toute seule. Tout le monde pousse pour qu’il y ait cette exigence.

Quel est ton objectif en arrivant à Trentino ?
Vivre de grandes émotions, et prétendre à gagner des grands titres. Que ce soit le championnat italien ou la Ligue des champions, le niveau est tellement élevé que c’est impossible de se dire : « il faut gagner ». Mais pouvoir y prétendre, et mettre tous les ingrédients pour y arriver, c’est mon objectif de participer à cela. L’idée de vivre ces matchs chauds, c’est ce qui me donne envie de m’entraîner et de progresser chaque jour.

Au niveau de la concurrence avec l’autre pointu, l’Américain Gabriel Garcia, comment est-ce que cela se présente ?
Je suis très content qu’on soit deux joueurs à pouvoir apporter énormément à l’équipe. Il sort aussi d’un été avec l’équipe nationale. On voit ce qu’on peut apporter, on sait que tout ne va pas reposer sur notre poste, qu’il y aura des solutions en fonction des besoins et des états de forme. C’est bien pour gagner des matchs, sur une saison aussi longue on a besoin de tout le monde. Et mine de rien, la concurrence peut booster, aider à se développer encore plus, ça tire vers le haut.

Parmi toutes vos compétitions, il y a la Ligue des champions, où vous allez affronter Tours. C’est un match particulier ?
C’est toujours sympa de jouer un club français, il y a pas mal de monde que je connais dans cette équipe. Cela va être un match assez chaud, j’ai déjà noté les dates dans le calendrier (rires). C’est toujours agréable de retrouver un peu le public français. On a une grosse poule, avec aussi Ziraat, le club turc de Trevor (Clevenot), une belle petite équipe. Et ensuite, on aura le gagnant des matchs de barrages, on ne sait pas exactement qui ce sera.

"Les Bleus, un sentiment d'amertume..."

Pour finir, on va parler un peu des Bleus. Est-ce que la déception est encore forte, un mois après le Mondial ?
Elle n’est pas vraiment partie. A chaque fois qu’il y a un moment où l’on reparle de l’été, il y a un sentiment d’amertume, de ne pas avoir réussi à montrer ce qu’on a bossé. C’est un sentiment de frustration de ne pas avoir réussi à montrer notre jeu, alors qu’on a fait une préparation pour le Mondial qui était vraiment bonne, il y avait un bon niveau d’entraînement. C’est malheureux d’avoir manqué beaucoup d’occasions contre les Finlandais, et ensuite de se retrouver sur un match couperet contre l’Argentine, avec qui c’est à chaque fois une belle bagarre. Il y a plein de petits détails, les deux premiers sets où l’on perd de deux points, le tie-break, mais je ne pense pas que ça se joue sur ce match-là. C’est malheureux, c’est frustrant, et ça nous reste en travers de la gorge de ne pas avoir pu montrer ce qu’est notre équipe.

Avec le recul, tu arrives à savoir ce qu’il a manqué ?
C’est un ensemble de petites choses. Un problème d’énergie contre la Finlande, où l’on avait envie de trop bien faire, tout de suite. On voulait gagner tranquillement, comme on l’avait fait contre les Coréens. On s’est mis la pression, parce qu’on n’était pas largement devant. Alors qu’on a vu sur le reste de ce championnat du monde qu’il y a eu pas mal de surprises, un niveau de plus en plus homogène. C’est toujours difficile, à froid, de revenir sur ce qu’il s’est passé. Mais par contre, il faut que ça serve, il ne faut pas l’oublier. Sur le moment, cela fait mal. Cela doit servir pour les prochaines échéances.

Au niveau personnel, tu as beaucoup joué cet été, notamment en Ligue des Nations (VNL), à cause notamment des petits pépins rencontrés par Jean Patry à certains moments. Est-ce que tu arrives à tirer de la satisfaction malgré les résultats collectifs qui n’ont pas été ceux qui vous espériez ?
Je différencie quand même beaucoup les deux compétitions. En VNL, j’ai beaucoup joué, c’est une compétition importante, mais on l’a utilisée pour faire quelques changements dans le groupe et travailler avec d’autres joueurs. Je suis content d’avoir pu apporter. Ensuite, sur la fin de l’été, sur les moments qui comptent, peu importe qui joue, le plus important c’est l’équipe. C’est plus dur de trouver de la satisfaction personnelle sur la fin de l’été, mais sur l’ensemble, je suis content d’avoir pu travailler ce que j’ai travaillé. C’est difficile d’être satisfait quand on perd, mais il ne faut pas perdre de vue tout le travail qui a été effectué.