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10/02/2016
Que sont-ils devenus ? Hervé Mazzon…
Que sont devenus les anciens internationaux ou anciennes internationales tricolores ? Pour la première de cette nouvelle rubrique, focus sur Hervé Mazzon, 56 ans, le plus capé des internationaux en salle (417 sélections).
Quels sont les trois souvenirs majeurs de votre carrière de joueur ?
Le premier, c’est la finale du Top 10, un tournoi sur invitation organisé par la FIVB en 1985 en Corée du Sud, c’était la première grande compétition disputée par une équipe de France qui a fait un peu de buzz, avec des matchs retransmis sur Canal +. Nous avions été en finale, cela avait été un grand moment pour nous tous. Ensuite, il y a la finale de la Ligue des champions perdue en 1990 avec Fréjus, à la fois un grand souvenir car c’était la première fois qu’un club français accédait à la finale, et une déception car nous avions perdu 3-2 au bout du suspense contre Modène. Enfin, la qualification pour les JO de Séoul grâce à notre place de vice-champion d’Europe 1987, c’était la première fois qu’une équipe de France se qualifiait pour les Jeux.

Quand et pourquoi avez-vous arrêté votre carrière ?
J’ai d’abord arrêté ma carrière internationale en 1991, l’année après la naissance de ma fille. Entre les déplacements, les stages au Centre National de Montpellier et les tournées, cela commençait à faire beaucoup de contraintes au détriment de ma vie familiale, cela devenait de plus en plus difficile de partir de la maison. Ensuite, j’ai arrêté ma carrière en club en 1993 sur une dernière année au PUC, le futur Paris Volley. A l’époque, le club avait pour ambition de retrouver le haut niveau ; cette saison s’est achevée par une montée en Ligue A et une finale de Coupe de France perdue. J’ai décidé de mettre un terme à ma carrière car physiquement, ça devenait difficile, j’avais mal au dos, aux épaules, aux genoux, j’avais de plus en plus de mal à me motiver pour aller à l’entraînement. Puis cette année-là, j’ai eu des jumeaux, c’était le bon moment pour arrêter.

On dit souvent que la transition immédiate est difficile, voire propice à la dépression, cela a-t-il été le cas pour vous ?
Ce n’est pas évident dans le sens où quand tu es joueur, tu mènes un peu d’une vie d’artiste, tu voyages, tu es centré sur le jeu, tu passes à la télé… Donc tu passes d’un relatif vedettariat à l’anonymat le plus complet. Mais personnellement, cela n’a pas été trop difficile, car je savais que j’allais aussitôt reprendre mon métier de professeur d’EPS, que j’avais déjà exercé deux ans en sortant du concours (au début de sa carrière, Hervé était amateur, avant de devenir joueur promotionnel, payé par la FFVB, puis de finir en tant que professionnel, salarié par son club, ndlr). En plus, le jeu ne m’a pas manqué, je n’ai d’ailleurs jamais eu envie de rejouer, même si cela m’est arrivé à Clamart quelques années plus tard pour quelques matches, ce qui n’a pas été pas une bonne idée puisque je me suis "ruiné" l’épaule !

Du collège à l'université...

Vous avez donc enseigné après l’arrêt de votre carrière ?
Oui, deux ans, dans un collège de Fontenay-aux-Roses, au sud de Paris, un métier magnifique, mais cela n’a duré que deux ans.

Pourquoi ?
Parce que le club de Clamart m’a proposé de prendre en main l’équipe professionnelle féminine qui évoluait en Ligue A. Je n’avais jamais entraîné et je ne connaissais pas grand-chose du volley féminin, mais mon expérience de joueur et ma formation de prof d’EPS m’ont aidé.
Ca s’est très bien passé, nous avons terminé parmi les quatre premiers lors des deux saisons que j’ai passées là-bas. La seule chose qui a été un peu difficile au début, c’est la gestion de groupe, très différente avec des filles. Il faut beaucoup plus communiquer car les choses ne se disent pas naturellement, parfois il y a beaucoup de non-dits qui finissent un jour par exploser. Des petits conflits peuvent prendre des proportions incroyables, mais avec le temps, j’ai appris à gérer cela.

La suite ?
Au bout de deux ans, André Glaive, alors DTN de la FFVB, est venu me chercher pour diriger le Pôle Espoirs féminin à l’INSEP. Je me suis notamment occupé des équipes de France cadettes puis juniors. J’ai aussi été l’adjoint de l’entraîneur des A, le Chinois Jue Gang Bai, auprès duquel j’ai beaucoup appris puisque c'est quelqu’un qui est arrivé avec une philosophie différente, mais très ouvert et qui s’est très bien adapté en apportant sa rigueur et sa grande connaissance du volley. Je suis resté cinq ans à la Fédération et je suis parti parce que j’étais en désaccord avec la politique fédérale, je regrettais le peu de reconnaissance dont pâtissait le volley féminin.

Et qu’avez-vous fait ?
Je suis retourné dans l’enseignement, mais cette fois au niveau universitaire, à la Faculté de Paris XI-Orsay, où je suis toujours, quinze ans plus tard. Je suis au département STAPS, je suis responsable de la filière entraînement à partir de la troisième année : je forme les étudiants aux métiers d’entraîneur et de préparateur physique et je m’occupe des stages.

Président des Anciens Internationaux Français de Volley-Ball

Dans le même temps, vous êtes depuis peu le Président des Anciens Internationaux Français de Volley-Ball (AIFVB), pouvez-vous nous en parler ?
C’est une association qui regroupe potentiellement 400 anciens internationaux, mais dont seulement 210 sont à jour de cotisation. Aujourd’hui, nous essayons de l’ouvrir à des joueurs ou des joueuses qui ont arrêté depuis peu, car l’association regroupe surtout des anciens qui ont arrêté il y a plus d'une dizaine d'années.
Les plus jeunes ont moins cette culture associative, nous voulons leur faire prendre conscience de l’utilité de l’association qui est double : elle permet d’abord de transmettre l’histoire du volley français, et à ce titre, Laurent Tillie, qui en est membre, est impliqué à 100% dans cette démarche qui consiste à apporter la « bonne parole » aux joueurs actuels. Au sein de l’association, nous sommes plusieurs à avoir déjà vécu des JO, nous pouvons donc transmettre notre expérience. Nous ne sommes pas un sport, comme le judo ou l’escrime, qui va toujours aux Jeux, le volley n’y a été que trois fois. Donc je pense que nous pouvons aider l’équipe actuelle à mieux appréhender cet événement si particulier. Ensuite, l’association permet de tisser un réseau. Certains de ses membres sont aujourd’hui entraîneurs ou dirigeants, d’autres ont changé de métier et font une carrière remarquable dans l’univers de l’entreprise. L’association peut donc ouvrir des portes à des joueurs qui viennent d’arrêter leur carrière et qui ont besoin de coups de main pour leur reconversion via des stages, des formations, des rencontres. A mon époque, comme nous étions amateurs, au moins au début, la reconversion était plus facile car nous avions eu un premier métier. Aujourd’hui, les joueurs sont professionnels et anticipent moins l’après, l’association peut les aider.

Concrètement, quelles sont vos actions ?

Nous sommes légalement obligés d’organiser une assemblée générale qui nous donne l’occasion de tous nous retrouver au moins une fois par an.
En parallèle, nous essayons d’être présents sur des compétitions où jouent les équipes de France masculine, féminine ou jeunes, comme ce fut le cas en 2015 sur un tournoi qualificatif de jeunes à Saint-Jean-d’Illac. Nous avions aussi réuni une grande partie de l’équipe des Mondiaux de 1986 à l’occasion des finales de la Coupe de France à Coubertin.

Un dernier mot sur l’équipe de France actuelle : quel regard portez-vous sur son année 2015 exceptionnelle ?
Je suis super content pour ce groupe et le volley français. J’étais à Berlin lors du TQO, j’ai suivi l’équipe de près, et j’ai pu mesurer la joie de vivre qui s’en dégage et qui donne envie de la soutenir. Ce groupe vit très bien ensemble grâce en partie à la grande maîtrise de Laurent Tillie qui arrive à gérer des personnalités un peu exubérantes et à en tirer la quintessence, le grand mérite lui en revient. J’espère vraiment qu’elle va se qualifier pour Rio et je suis persuadé que si elle y va, elle a la possibilité de remporter une médaille. Y aller simplement n’est pas une fin en soi pour cette équipe. Mais les Jeux sont une compétition très particulière, avec un coup de projecteur médiatique qui n’existe nulle part ailleurs, tu côtoies des vedettes mondiales dans le village… ce n’est pas forcément facile à gérer. Malgré tout je ne suis pas très inquiet pour ce groupe.
Après, j’espère que le volley français arrivera à surfer sur ces succès. On a besoin de clubs mieux structurés pour accueillir des jeunes, offrir plus d’encadrement et de meilleure qualité, plus de salles et de créneaux horaires pour aider le volley à décoller.