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Que sont-ils devenus ? Elie Chouraqui
Suite de notre série consacrée aux internationaux français de volley-ball, avec cette semaine un focus sur le réalisateur Elie Chouraqui, qui a commenté l’été dernier les JO sur France Télévisions.
Comment avez-vous découvert le volley ?
J’ai commencé en famille quand j'étais petit garçon sur la plage de Julouville, en Normandie. Je ne parlerais pas de passion familiale mais c’est le sport que nous pratiquions tous ensemble sur la plage, mon frère a d’ailleurs joué en équipe de France militaires, donc c’est venu presque naturellement. J’ai continué à l’adolescence sur la plage de Saint-Raphaël, c’est là que j’ai été repéré par des garçons de l’ASPTT où j’ai joué une saison. En parallèle, j’avais commencé à jouer au lycée, on se débrouillait pas mal, et j’ai fini par entrer au Racing Club de France à 16 ans. Après, tout a été assez vite : sélection en équipe de France Espoirs, dont je suis devenu capitaine, puis sélection avec les A, trois fois champion de France avec le Racing (1969-1970-1971), j’ai joué des championnats d’Europe et du monde.

Quels souvenirs marquants gardez-vous de votre carrière ?
Toute ma carrière a été un grand souvenir, mais je crois que c’est avec l’équipe de France Espoirs, nous avions une équipe absolument extraordinaire, avec des jeunes de mon âge. Je me souviens d’une victoire incroyable à Lublin, en Pologne, contre la Bulgarie. Je garde aussi le souvenir d’un Championnat du monde à Tallinn, en ex-URSS, j’étais le capitaine de l’équipe et à la fin du tournoi, on m’avait appelé pour me remettre un prix. Je pensais qu’il était pour toute l’équipe, mais en fait, c’était le titre de meilleur joueur du tournoi, je ne l’ai compris que plus tard, quand l’interprète me l’a rappelé.

Vous avez été capitaine en Espoirs, une fierté ?
Bien sûr, cela a été une fierté pour moi de porter le brassard de capitaine de l’équipe de France, et le maillot tout court d’ailleurs. A chaque Marseillaise, j’avais les larmes aux yeux, à chaque fois que je portais le maillot de France, je sentais cette responsabilité de jouer pour mon pays, cela me donnait de la ferveur, de la rage de vaincre, je ne l’ai jamais pris à la légère.

Vous avez arrêté votre carrière à 25 ans, pourquoi si jeune ?
A cause du cinéma ! C’est d’ailleurs en partie grâce au volley que je suis entré dans ce milieu. Vers 20 ans, je cherchais du travail, un acteur que j’aime beaucoup, qui s’appelle Charles Gérard et était passionné de volley-ball, m’a dit : "J’ai peut-être une idée pour toi." Il m’a présenté Claude Lelouch, dont je suis devenu très proche. J’ai commencé à travailler avec lui, je suis resté à ses côtés plusieurs années avant de voler de mes propres ailes.

Le choix a-t-il été difficile ?
Oui et non.
 Quand j’ai commencé à faire du cinéma, le volley n’était pas professionnel, je ne gagnais pas ma vie avec, mais c’était très prenant entre les entraînements, les stages, les compétitions, les tournées… Je savais que le cinéma était une chance que je ne devais pas laisser passer. Au stade où j’en étais, soit je devenais professionnel, soit je passais à autre chose, le cinéma est devenu un aspirateur trop fort pour moi, la passion du cinéma m’a submergé. Cela n’a pas vraiment été un déchirement, mais plutôt un au revoir, j’avais fait mon travail de volleyeur, en étant international plus de 100 fois (112), en ayant disputé toutes les grandes compétitions, en ayant gagné trois titres de champion de France, j’avais fait ma carrière.

"J’ai retrouvé tous mes automatismes de joueur"

Etes-vous resté proche du monde du volley ?
Oui, j’ai gardé des amis dans le milieu du volley. Comme je fais un métier public, ce sont plus mes anciens coéquipiers qui me suivent, ils voient ce que je suis devenu à travers les médias, mais je me sens encore très proche de ce monde, dans lequel je me suis immergé de nouveau en préparant les Jeux Olympiques et dans lequel je me suis tout de suite senti très bien. C’est comme quand vous quittez votre famille pour un long voyage, quand vous revenez, vous vous asseyez autour de la table comme si c’était hier.

Avez-vous pensé réaliser un film sur le volley ?
J’y ai pensé, mais les films sur le sport sont très compliqués à tourner et rarement des réussites. Un des rares sports qui fonctionne au cinéma, c’est la boxe. Les sports collectifs, comme le volley, sont bien plus difficiles à mettre en scène. Lors des Jeux Olympiques, j’ai fait quelques images, mais c’est très compliqué sur une telle épreuve de sortir du cadre imposé, on ne peut pas faire grand-chose à part commenter les matchs. J’ai trouvé l’organisation un peu rigide, une grande manifestation comme ça mérite plus de chaleur, de rapports humains entre athlètes, spectateurs, invités…

Comment avez-vous vécu ces JO dans votre rôle de consultant ?
C’est comme si je n’avais jamais quitté le terrain, je me suis replongé tout de suite dans cette ambiance, j’ai retrouvé tous mes automatismes de joueur. Je voyais très bien comment les choses pouvaient se dérouler, si le passeur avait les bonnes intuitions, si les attaquants attaquaient où il fallait, j’étais en osmose avec le jeu, cela a été très agréable à vivre. Sinon, j’ai trouvé le niveau de jeu excellent, je me suis beaucoup amusé, j’ai vibré devant différents types de volley. J’ai en revanche été un peu choqué par les sifflements des Brésiliens contre les adversaires du Brésil, j’ai trouvé ce comportement étrange de la part d’un tel pays sportif, mais apparemment, c’est une tradition là-bas.

Et quel a été votre regard sur le parcours de l’équipe de France ?
Elle était sans doute prête quelques mois trop tôt, je pense qu’elle a perdu ces Jeux avant de les jouer, à cause d’un système de sélection qu’on lui a imposé et qui lui a pris toute son énergie. Maintenant, je reste persuadé que c’est la meilleure équipe de France qu’on n’ait jamais eue, elle rassemble des individualités très fortes, des leaders charismatiques, des joueurs qui font partie des tout meilleurs mondiaux et un collectif exceptionnel. On sent qu’ils se comprennent, qu’ils sont très soudés les uns aux autres, ils ont un grand entraîneur et je suis sûr qu’elle sera même meilleure lors des prochaines échéances. Maintenant, il faut continuer le travail entrepris, intégrer encore de nouveaux joueurs, mais je suis confiant.