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22/12/2017
Que sont-elles devenues ? Karine Salinas
Notre série consacrée aux ancien(ne)s de l’équipe de France s’intéresse à Karine Salinas, passeuse qui a évolué en club à Cannes, Modène et au Cannet (1990-2011) et a porté à 164 reprises le maillot bleu. Aujourd'hui, agent de joueuses, elle évoque son parcours.
Comment avez-vous débuté le volley ?
Mon père jouait au basket et au volley, ma maman au volley, j’ai commencé à jouer sur la plage, au Lavandou, il y avait une plage où ça jouait tout le temps, avec les Piazetta, Dumortier, Capet, Bonhomme, il y avait plein de volleyeurs et de futurs champions, mes parents me faisaient faire des balles gentiment, sur le sable. Ensuite, j’ai fait une école de volley en évoluant dans toutes les catégories d’âge, j’ai fait les détections départementales et régionales, je suis ensuite rentrée au CREPS de Boulouris quand j’étais en première, j’y passais cinq jours par mois, j’ai débuté en équipe de France cadette, puis j’ai intégré le CREPS en tant que permanente et l’équipe de France juniors. C’est à ce moment que j’ai signé mon premier contrat pro à Cannes, en 1990.

Vous avez eu une longue carrière, quels ont été les moments forts en club ?
Les deux Ligues des champions gagnées avec Cannes sortent forcement du lot (2002 et 2003), c’était juste énorme en termes d’émotions et de boulot que nous avions fourni pour en arriver là. Certaines filles ont beaucoup apporté au niveau de la construction de ce club sans remporter cette Ligue des champions, mais elles ont contribué à ce que nous la remportions des années plus tard. Après, je retiens surtout des moments de partage, nous avions un collectif très soudé, ce qui nous a permis de gagner ces titres, mes grandes amies aujourd’hui restent mes amies de cette période-là, d’autant que je suis restée habiter sur Cannes. Donc c’était avant tout une belle aventure humaine, les titres sont arrivés avec le travail.

Quelle a été l’attaquante avec laquelle vous avez eu le plus d’affinités sur le terrain ?
Victoria Ravva, nous avons joué des années ensemble, nous nous trouvions sans nous voir, on se sentait ! Et nous sommes restées très proches, c’est d’ailleurs la marraine de ma fille.

Vous avez joué deux ans en Italie, à Modène, que gardez-vous de cette expérience ?

C’était très difficile humainement, parce qu’il n’y avait pas du tout la solidarité que j’avais vécue à Cannes. Après, sportivement, c’était exceptionnel, l’équivalent de la NBA au basket en terme de niveau, d’exigence, de pression, il y avait beaucoup d’argent en jeu, c’était très particulier.

Vous avez arrêté votre carrière en 2006 avant de finalement revenir l'été 2007 en équipe de France puis en club, de nouveau avec Cannes en 2008, pourquoi ?
L’éternelle grosse question des sportifs de haut niveau est celle de la reconversion. Je m’étais arrêtée pour passer un BTS de tourisme, au milieu de ce BTS, Yan Fang a repris l’équipe de France et m’a proposé de revenir pour disputer le Championnat d’Europe en Belgique avec toutes les « vieilles », ça s’est bien passé avec cette huitième place. Ensuite, j’ai réussi à passer mon BTS, Yan Fang m’a alors de nouveau sollicitée pour rejouer à Cannes, comme j’avais mon BTS en poche, c’était plus simple mentalement pour moi de rejouer. Je n’ai pas trop hésité, parce que sportive de haut niveau, c’est quand même une belle vie, il y a des concessions, mais ce n’est pas désagréable et on gagne plutôt bien sa vie.

"C’est une grande chance pour les filles de faire Paris 2024"

Que gardez-vous de votre carrière en équipe de France ?
Déjà une super aventure en équipe de France jeune, en junior, nous étions entraînées par Jue Gang Bai et Serge Marouteau, en 1992, nous avions terminé quatrièmes du Championnat d’Europe, là encore, c’était une belle aventure humaine, c’est là que j’ai tout appris à la passe. Après, je retiens ce dernier Championnat d’Europe, en 2007, quand j’ai repris avec toutes les anciennes, avec Yan Fang, Sébastien Martin et une bonne bande d’amies. Le seul petit regret, c’est de ne pas avoir pu disputer les Jeux olympiques, c’est un rêve de sportive de haut niveau, mais je me contente de ce que j’ai fait.

Vous décidez finalement d’arrêter en 2011, pourquoi ?
La dernière année à Cannes (2009-2010), je ne jouais plus trop, il y avait Ana Antonijevic, une jeune joueuse qui était arrivée et a fait la carrière que l’on connaît à Cannes, elle était très très forte, du coup, ça m’embêtait de terminer là-dessus. Le Cannet m’a alors proposé de jouer dans son six majeur, c’était idéal pour moi d’y terminer ma carrière, d’autant que c’était à côté de chez moi. A la fin de cette saison avec Le Cannet, j’avais 38 ans, je n’avais forcément plus le même niveau physique qu’avant. En plus, quand on est joueuse, on a une vie sociale décalée par rapport à la famille et aux proches, puisqu’on joue le week-end, j’avais envie de me poser, de démarrer une nouvelle vie et d’avoir un enfant, c’était déjà un peu tard ! Je suis d’ailleurs tombée enceinte rapidement, c’était très chouette !

Et comment s’est passée votre reconversion professionnelle ?
Pendant ma grossesse, j’ai passé le diplôme d’agent de joueur de volley, que j’ai réussi juste avant d’accoucher, en avril 2012. J’ai basculé dans le « côté obscur » du volley en créant ma société, j’ai démarré avec quelques joueuses jusqu’à en avoir de plus en plus. A côté de ça, l’année dernière, en octobre, la mairie du Cannet m’a sollicitée pour être secrétaire en charge du développement au Tennis Club La Pastorale, c’était une belle opportunité et ça fait un an que j’y travaille, tout en continuant mon activité d’agent.

Pourquoi avez-vous opté pour ce métier d’agent ?

C’est lié à mon expérience de joueuse. Quand j’étais partie en Italie, j’avais un excellent agent, qui s’appelait Mauro Raguzzoni, qui est malheureusement décédé et dont le fils a pris sa succession, c’était une personne exceptionnelle qui m’a beaucoup aidée. Je me suis dit que j’allais mettre mes connaissances du monde du volley au service des filles qui arrivaient dans le milieu, pour les aider à construire leur carrière, essayer de les protéger de certaines difficultés et, pour celles qui arrivent en fin de carrière, les pousser à penser à leur reconversion, parce qu’on sait très bien que ce n’est pas grâce au volley qu’elles vont s’offrir une retraite dorée comme les footballeurs !

Avec quelles joueuses travaillez-vous aujourd’hui ?
Entre autres Deborah Ortschitt, Marielle Bousquet, Juliette Fidon, Safiatou Zongo, j’ai une quinzaine de joueuses, et Florian Kilama, mon seul garçon, qui joue à Narbonne. J’ai la chance de vivre dans une région où il y a beaucoup d’équipes, entre Le Cannet, Cannes, Saint-Raphaël, Mougins, du coup, tous les clubs viennent à moi, j’ai la possibilité de voir les filles ou les garçons tous les week-ends.

Que pensez-vous de l’équipe de France féminine ?
C’est une grande chance pour les filles de faire Paris 2024, c’est juste énormissime, j’espère qu’elles mesurent leur chance et qu’elles feront au mieux pour se préparer à cet objectif. Je pense qu’il y a une belle génération de jeunes qui seront plus matures en 2024, entre Juliette Fidon, Helena Cazaute et d’autres, j’espère pour elles qu’elles feront de grandes choses.