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04/04/2018
Cédric Enard : « Je ne pouvais pas passer à côté de l’équipe de France »
Arrivé l'été dernier sur le banc de Tours, Cédric Enard s'apprête à disputer les playoffs avec le TVB, premier de la saison régulière. Un club qu'il quittera ensuite, parce que l'adjoint de Laurent Tillie n'a pas voulu tirer un trait sur l'équipe de France lors du prochain Championnat du monde en septembre. Il s'en explique.
Quel bilan faites-vous de la saison régulière ?
Ça a été un Championnat à deux vitesses pour nous : une première partie de saison où nous sommes excellents à domicile, mais pendant laquelle nous avons du mal à trouver la bonne carburation à l’extérieur, pour diverses raisons, notamment parce que, comme tout le monde, nous avons eu un effectif très renouvelé, donc le collectif n’était pas encore huilé. Après, nous avons beaucoup de frustration au niveau des coupes : en Challenge Cup, vous savez ce qu’il s’est passé avec Nathan (Wounembaina) qui s’est fait exclure du terrain à l’Olympiakos après avoir été l’objet de propos racistes, ça nous est resté sérieusement en travers de la gorge, parce que, avec Nathan sur le terrain, cela aurait sans doute été différent. A l’époque, on n’avait pas encore Cupkovic, Nathan était incontournable sur le terrain, et quand on voit le score qu’on fait là-bas et le niveau de jeu qu’on affiche chez nous au match retour, ça nous laisse de gros regrets et beaucoup de frustration. On perd au golden set, qui est toujours un peu la loterie et une question de dynamique de trois ou quatre points. En Coupe de France, on était allés à Poitiers qui était en pleine bourre en début de saison, nous, on avait joué sans Reichert qui était blessé à ce moment-là, nous étions tombés sur plus forts que nous.

La deuxième partie de saison a été bien meilleure, comment l’expliquez-vous ?
Par plusieurs raisons : un collectif qui a fini par se roder, l’arrivée de Cupkovic à la place de Stern et j’ai senti après la pause de Noël une volonté des joueurs de remettre du sérieux, d’avancer, de se dire que nos résultats à l’extérieur étaient insuffisants et nous empêchaient d’être là où nous voulions être au classement. Il a fallu se taire, ne pas répondre aux critiques, mettre de l’humilité et travailler. Il a aussi fallu que les nouveaux joueurs, ceux qui arrivent dans notre Championnat, prennent le temps de se rendre compte que le Championnat de France depuis quelques saisons est devenu une vraie bagarre de tous les week-ends. Tu peux jouer le dernier et y laisser des points, alors que si tu remontes cinq-six ans en arrière, ce n’était pas le cas. Là, si tu n’es pas armé pour aller chercher des points partout, tu as du mal. Et il y a aussi le statut du TVB : tu es le gros club en France parce que tu as le plus gros budget, toutes les équipes viennent chez toi sans pression. Je suis bien placé pour le savoir : quand j’étais à Toulouse, le match à Tours, je ne l’avais a priori pas coché pour prendre des points, mais du coup, tu y vas sans pression, et à l’inverse, quand Tours se déplace, c’est un match de gala pour les équipes qui reçoivent, elles y mettent souvent beaucoup d’envie. Donc c’est un contexte spécial qu’il faut bien appréhender dans la préparation des matchs, il faut mettre le plus de sérieux et de concentration possible.

Cela est aussi valable pour vous qui êtes passé de Toulouse à Tours, cela change-t-il beaucoup de choses ?
C’est un autre contexte, c’est sûr. Ce n’est pas la même pression. Le plus compliqué pour moi est d’enfoncer des portes ouvertes et de répéter aux joueurs qu’on est attendus partout. Le problème qui s’est posé en début de saison, c’était de gérer le doute qui s’instaurait dans la tête des joueurs. Après, je suis parti de Toulouse pour vivre ce genre d’aventure et avancer, là-dessus, je ne suis pas déçu.

Vous abordez maintenant les playoffs avec un affrontement à venir contre Sète, que pensez-vous de cette équipe ?
C’est toujours compliqué d’aller jouer là-bas au Barrou, dans une belle salle avec un beau public, contre une équipe qui est tout le temps accrocheuse, qui a de l’expérience et joue bien, en équipe, on sait que ça va être compliqué.

Le premier objectif est atteint, avec cette première place de la saison régulière, qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des champions, le second est-il le titre et rien d’autre ?
Oui, ça ne sert à rien de se cacher et de pratiquer la langue de bois, c’est l’objectif annoncé depuis le début de saison. Maintenant, comme tout le monde le dit si bien, les playoffs, c’est un nouveau championnat qui démarre où tout est possible. On l’a bien vu l’année dernière entre nous, à Toulouse, qui avions sorti Tours, et Nice qui avait fait tomber Montpellier. Chaque année, ces playoffs réservent leur lot de surprises. Donc oui, on veut jouer le titre, mais c’est la même chose pour les autres équipes. Mon expérience me fait d’ailleurs dire que je crains tout le monde, surtout quand, sur le papier, tu as l’impression de jouer une équipe qui paraît plus abordable, c’est souvent dans ces cas que c’est plus dangereux.

"Je n'ai pas encore tout vu et j'ai soif d'apprendre"

Parlons maintenant de votre avenir, vous ne serez plus sur le banc du TVB la saison prochaine, pourquoi ?

Déjà, ce qu’il faut clarifier, c’est que je n’arrête pas d’entraîner en club. Ce qu’il s’est passé, c’est que Tours m’avait fait une belle proposition de contrat sur deux ans, un + un, il y avait vraiment une volonté de continuer ensemble, mais le club voulait que je sois là pendant toute la préparation de la saison prochaine et donc que je n’aille pas au Championnat du monde avec l’équipe de France, ce qui aurait signifié que je devais sortir du staff de Laurent. Ma priorité était évidemment de rester à Tours pour donner de la continuité au travail effectué cette saison, mais à côté, j’ai 42 ans et je ne me voyais pas me passer de l’expérience humaine et professionnelle que représente l’équipe de France. En un été l’année dernière, j’ai appris tellement de choses entre la World League et le Championnat d’Europe...
 Cette année, on remet ça, avec la Volleyball Nations League avec deux week-ends en France et un Final Six à Lille, puis derrière un Championnat du monde en septembre et l’année prochaine un Championnat d’Europe en France, le tout avec une génération qui peut prétendre légitimement sur chaque compétition être médaillée, voire monter sur la plus haute marche du podium... Je me dis qu’à 42 ans, je n’ai pas encore tout vu et comme j’ai encore soif d’apprendre, je ne me voyais pas me passer de cette expérience-là qui ne peut que me nourrir et me permettre ensuite de m’en servir en club. J’ai démarré une aventure l’année dernière que je ne souhaitais pas arrêter car c’est une opportunité rare de progresser : en plus de travailler dans ce staff, tu vois des systèmes de jeu, des adversaires, d’autres joueurs, d’autres manières pour les entraîneurs de faire fonctionner leurs équipes, tu vois plein de choses. Je suis un jeune entraîneur et je ne pouvais pas passer à côté. Donc après avoir longtemps pesé le pour et le contre, j’ai annoncé un peu la mort dans l’âme que je ne souhaitais pas continuer avec Tours.

Avez-vous consulté Laurent Tillie au moment de prendre cette décision ?
Oui, bien sûr j’ai longuement discuté avec Laurent, mais aussi avec Pascal (Foussard, le manager de Tours) et avec notre président Yves Bouget. Nous avons essayé de trouver des solutions, mais rien qui n’ait pu débloquer la situation.

Vous quitterez Tours, mais vous aspirez donc à continuer à entraîner en club…
Oui, je suis clairement sur le marché, j’ai quelques contacts pour l’instant, ça peut être à l’étranger, on verra, je suis en pleine réflexion mais surtout concentré sur la fin de saison avec Tours.

Parlons maintenant de cette saison internationale qui arrive avec notamment cette Volleyball Nations League qui verra la France jouer trois fois à domicile dont le Final Six à Lille, cette perspective est-elle excitante ?
Oui, très excitante. Quand on a vu la compétition l’année dernière et que tu te dis que cette fois, tu as la chance de jouer à Rouen, à Aix, et à Lille dans un stade de foot, c’est génial. L’année dernière, on a non seulement eu la chance de jouer un Final Six dans un stade de foot au Brésil, mais en plus de gagner face au Brésil, c’étaient des émotions « énormissimes ». Là, on se dit qu’on va avoir la chance de le vivre chez nous, c’est très excitant ! J’aurai hâte de basculer là-dessus quand j’aurai fini la saison en club.

Votre rôle au sein du staff va-t-il évoluer ? En avez-vous parlé avec Laurent Tillie ?
Oui, nous affinons. Laurent a pris le temps de la réflexion sur la façon dont il souhaitait voir évoluer les choses, il a pu affiner un peu le rôle de chacun dans le staff, nous avons fait une réunion ensemble en début d’année pour parler un peu de tout ça, ça avance dans le bon sens.

Comment avez-vous vécu votre première saison l'année dernière dans le staff de l’équipe de France ?
Je me suis régalé ! Même si j’ai fini sur le Championnat d’Europe où on passe au travers - je n’ai pas été au Japon -, l’été a été riche, j’ai vraiment été aux anges en termes d’expérience et d’émotions. J’ai donc hâte de retrouver ça, de voir comment on peut faire évoluer notre travail de staff pour aider encore plus Laurent, et repartir avec tous ces gars. Je me dis que quand les gars vont tous se retrouver, ça va être comme un nouveau départ, quand on connaît l’état d’esprit qu’est capable d’avoir cette équipe, je me dis que ça va repartir tout de suite.

Le Championnat du monde sera le gros objectif de la saison, que peut viser l’équipe de France ?
Elle peut légitimement viser le podium dans chaque compétition sur laquelle elle se présente, c’est en tout cas cette ambition qu’il faut avoir à chaque fois. Maintenant, c’est bien de parler d’ambitions, mais il faut se donner les moyens de ses ambitions, donc c’est du travail et tout un tas de trucs. Et des équipes qui ont ces ambitions, il y en a beaucoup, donc il va falloir retrouver un bon équilibre, on va avoir justement la Volleyball Nations League pour voir tout ça, il faudra qu’on la joue en ayant ce Championnat du monde dans un coin de la tête.