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22/11/2018
L’interview bleue – Jonas Aguenier: « C’est enrichissant »
Après sept saisons dans le championnat de France, Jonas Aguenier souhaitait s’expatrier et a rejoint cette saison la Serie A2 italienne. Au sein d’un club ambitieux, Spoleto, l’ancien central de Chaumont a des responsabilités en attaque et s’en réjouit.
Jonas, vous voilà désormais en Italie ! Est-ce que tout se passe bien pour vous là-bas ?
Pour l’instant, c’est top ! Tout le monde m’a bien accueilli. Ce qui est un peu spécial, mais je le savais avant de venir, c’est que je suis le seul étranger ! En deuxième division italienne, les clubs n’ont droit qu’à un seul joueur étranger venu de l’Union Européenne, et un étranger hors Union Européenne, mais souvent, ils ne prennent que des joueurs UE. Donc je me retrouve seul avec 13 Italiens. C’est sympa ! C’était un peu difficile au début, parce qu’ils ne parlent pas tous anglais. Mais aujourd’hui c’est moi qui parle plus italien.

Vous vous êtes mis rapidement à l’italien ?
Oui, ça va ! Ce n’est pas une langue trop compliquée, c’est bien pour moi. J’ai pu apprendre assez rapidement. Je comprends tout, je baragouine deux ou trois trucs et j’arrive à me faire comprendre, donc c’est parfait.

Vous vouliez une expérience à l’étranger…
C’est exactement ce que je recherchais. Si je pouvais vous montrer la vue que j’ai de chez moi… (rires) On est en plein milieu de montagnes, c’est magnifique. J’étais vraiment venu chercher une expérience différente, je ne suis pas déçu.

C’était vraiment votre objectif de trouver un club étranger ?
Ce n’était pas la seule option, mais c’était vraiment mon choix premier. Je m’étais dit que cette année, j’essaierai de pousser un peu. Pour les centraux, le marché se fait très tard. J’ai dû repousser toutes les offres des clubs français, ce n’était pas facile. A ce moment-là, il faut un peu s’accrocher, se dire que ça va venir. Quand on arrive en avril-mai, le marché français est généralement bouclé. Et pour le marché étranger, il faut attendre juillet, voire août. Il faut refuser des offres, qui sont de belles offres. Dans ma tête, c’était soit je pars à l’étranger, soit je reste à Chaumont. Je m’entendais bien avec tout le monde, j’étais bien là-bas. J’en ai parlé avec eux, ils ont compris, ils ont pu se tourner vers quelqu’un d’autre. Et j’ai eu ce que je voulais, même si la A2 italienne n’était pas forcément mon premier choix. Je ne connaissais pas du tout, mais il y a un bon petit niveau, et j’ai un rôle important dans l’équipe, en tant que seul étranger. En France, même en étant en équipe nationale, on n’est pas trop responsabilisé en attaque en tant que central.

L’offre est arrivée à quel moment ?
En juillet. Ça s’est fait assez vite. Une fois que mon agent m’en a parlé, j’ai discuté avec quelques joueurs de l’équipe de France. On était en Bulgarie, en World League. J’en ai parlé avec eux, avec Laurent (Tillie). Il m’a dit : « Vas-y, fonce ». En trois jours, c’était réglé.

"C’est un autre type de jeu, un autre type de comportement sur le terrain"

Vous rejoignez un club ambitieux…
C’est un club qui perd en finale depuis deux ans, à chaque fois ça se joue à rien du tout. Il y a un bon coach, une bonne structure, une bonne équipe. Ils se donnent les moyens de leurs ambitions. C’est ce qui m’a plu dans le projet. J’ai une année de contrat en plus si on arrive à monter. Mon objectif est clair. Si tu arrives à jouer en première division, en étant central, en Italie, c’est un peu le Graal. J'ai cet objectif sur deux ans.

Le format de la compétition n’est pas évident…
Il y a 27 équipes, séparées en deux groupes. Nous on est dans le groupe de 13. Et après, c’est dans le même format que le championnat de France, sauf que les quatre premiers de chaque groupe vont en playoffs. On prend les huit meilleurs, et c’est le vainqueur de la finale qui monte. Il faut terminer premier sur 27. C’est un beau défi. Ce week-end on va jouer contre Brescia, qui a perdu un seul set en sept matchs. Dans l’autre groupe, Piacenza veut remonter tout de suite. Il y a beaucoup d’équipes ambitieuses.

Pour l’instant, vous en êtes à quatre victoires, et deux défaites au tie-break…
Deux matchs où on menait au score... Ce qui est difficile, c’est que le niveau est assez hétérogène. Le haut de tableau, ça joue bien, certaines équipes auraient leur place en Ligue A française. Mais certaines équipes, ça ne joue pas du tout, c’est presque du niveau amateur, ça ne vaut pas mieux que de la N1. Il faut faire attention à ces matchs-là. Certains week-ends, le niveau fait que ça ne donne pas trop envie.

Ça vous permet de briller individuellement…
Au-delà des stats, ce qui compte c’est toujours le résultat. Ça fait plaisir de marquer 15 points, c’est sûr. On a une équipe qui tourne beaucoup autour du centre, on est bien servis avec l’autre central. Ça fait plaisir de pouvoir progresser là-dessus, et ça donne des responsabilités. C’est un autre type de jeu, un autre type de comportement sur le terrain. C’est ce que je recherchais aussi, après sept ans en Ligue A où nous, les centraux, on est un peu dans l’ombre, pas trop médiatisés. Je fais mon petit truc dans mon coin, j’aide l’équipe. C’est enrichissant.

Et la vie est plutôt agréable en Italie ?
C’est l’une des plus belles régions d’Italie (l’Ombrie, ndlr). On est au milieu des montagnes, il y a des veilles villes fortifiées un peu partout. Et puis, on mange très bien ! Il faut que je fasse attention à ne pas prendre de poids. Pour vous donner une idée, la spécialité de la région c’est la truffe, notre sponsor principal c’est une marque d’huile d’olive. C’est génial. Quand ma copine vient aussi, elle se régale ! C’est la Dolce Vita, il fait beau… C’est parfait pour s’entraîner.

"L’Euro en France, c’est un gros objectif !"

On va évoquer un peu des Bleus pour finir. Donc vous avez parlé un peu avec Laurent Tillie avant de signer, pour vérifier que ça ne posait pas de problème de jouer en D2 italienne ?
Oui, clairement. Parce que l’équipe de France, ça reste un très gros objectif. Ca fait quelques années que j’y suis, même si je fais des allers-retours à cause des blessures. Quand j’ai reçu l’offre, je ne savais rien du club. J’ai demandé à ceux qui connaissaient un peu mieux, aux joueurs, à Laurent, et aussi à Paolo (Perrone), notre statisticien, qui est italien. Laurent m’a dit qu’il n’y aurait aucun souci, qu’il avait bien pris un deuxième passeur qui jouait en D2, à Cannes (Raphaël Corre). Peu importe si tu joues en Ligue A, en Serie A2, ou en Chine, tant que tu as quelque chose à apporter…

Les joueurs à qui vous avez parlé, ce sont eux qui jouent en Italie depuis longtemps, comme Jenia Grebennikov ?
Oui, et ils n’ont pas tous été positifs. Jenia, par exemple, m’a dit de ne pas y aller. En présaison, on joue des matchs amicaux contre des gros clubs, cette saison, on a joué Perugia ou Civitanova, par exemple. Quand tu joues dans ces clubs-là et que tu affrontes une A2, tu te fais un peu ch... Après, tu peux te retrouver dans une A2 qui prend l’eau, où ça ne joue pas du tout, ou dans une équipe joue le haut de tableau, avec des responsabilités.

L’été dernier, vous avez retrouvé les Bleus, avant de devoir déclarer forfait pour le Mondial à cause d’une blessure au genou…
Au moins j’ai fait la moitié cette année, c’est déjà pas mal… La médaille d’argent en VNL, c’était cool. Ensuite, je fais toute la préparation pour le Mondial. Ce qui était un peu dur, c’était de partir sur une blessure, où personne ne savait trop ce que j’avais. Même après, il m’a fallu pratiquement deux mois pour m’en remettre. Une grosse entorse, tu sais que tu en as pour trois semaines, par exemple. Là, j’avais l’impression d’aller bien, et finalement quand je m’entraînais ça n’allait pas. C’est ça qui était compliqué, de devoir faire une croix sur l’équipe de France alors que j’avais le sentiment que je pouvais rester. Bon, après coup, j’ai vu qu’il me fallait beaucoup de temps pour me remettre de cette blessure. J’ai relativisé, j’ai pu arriver un peu plus tôt dans mon club. J’essaye de positiver. Après toutes les blessures que j’ai eues… Si tu baisses la tête un peu vite, ça ne te fait pas avancer. Il faut tout prendre. Il y en aura d’autres…

Comme l’année prochaine…
Ah oui. L’Euro en France, c’est un gros objectif ! Je ne dis pas que j’y pense tous les jours en me levant, mais… Ça fait un moment que je ne suis pas revenu en équipe de France pour de bon. Je vais devoir me battre. Il y a plein de jeunes qui jouent bien, beaucoup de centraux. C’est motivant, de penser à ça les matins où c’est plus difficile…