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27/08/2018
Emile Rousseaux: « Un signe encourageant »
Alors que respect de l’adversaire et humilité ont été les mots d’ordre des Bleues lors du tournoi de qualification pour l’Euro 2019, les parcours parfait de ses joueuses n’amène pas Emile Rousseaux à se départir d’un discours de prudence. Le sélectionneur, bien qu’heureux des progrès effectués par son équipe, rappelle que la route vers les sommets se fera pas à pas, sans brûler les étapes.
Emile, votre équipe s’est qualifiée sans trembler pour le championnat d’Europe 2019, avec un bilan comptable parfait. Etes-vous un entraîneur heureux ?
Bien évidemment ! Il ne faut pas cracher dans la soupe. On a fait le job. On a gagné quatre matchs, on n’a pas perdu un set. Ça ne veut absolument pas dire que nous sommes formidables, ça ne veut pas dire que le volley-ball français féminin est en transformation. Mais il y avait un objectif, il y avait des situations à gérer et ce groupe, malgré sa fragilité, est parvenu à se montrer conquérant. Il y a encore énormément de travail. Je ne suis pas dupe, je l’ai dit ces derniers jours, on a montré plusieurs visages, dont un visage fragile. Mais cette qualification est un signe encourageant, surtout pour les filles, pour leur donner envie de progresser, et de s’investir dans ces exigeants programmes d’été. De ce point de vue, c’est une très bonne chose. Mais il ne faut pas rêver. Il nous reste énormément de travail.

Vous avez été nommé à la tête du projet Génération 2024, avec en ligne de mire les Jeux Olympiques de Paris. Cette qualification pour l’Euro 2019, avec une équipe très jeune, était la première étape…
C’est une étape, en effet. Il fallait se qualifier, et c’est encore mieux de se qualifier après seulement quatre matchs, et c’est encore mieux de se qualifier sans perdre un set. Ça nous permet d’aborder les prochaines rencontres, et notamment la période de Noël (les Bleues joueront deux dernières rencontres de qualification contre le Danemark et le Portugal, ndlr) avec plein de perspectives. On va voir avec quelle équipe on va jouer, comment on va aborder cette période. Ça nous offre plein de possibilités. Tout ça va être réfléchi dans les mois qui viennent.

Vous avez utilisé pratiquement la même équipe de bout en bout, avec simplement un changement de pointue après deux matches. Etait-ce une volonté de votre part, ou lié aux circonstances ?
Il était très important que la France se qualifie pour cet Euro. Ce n’était pas le moment de prendre des risques, de faire plaisir à tout le monde. Durant les matchs amicaux contre le Cameroun puis contre la République Tchèque, j’ai à peu près donné le même temps de jeu à tout le monde, ou en tout cas tout le monde a participé. Pour les matchs qualificatifs, j’ai fait des choix. Et c’est dommage, car les autres joueuses m’avaient montré de belles choses dans les matchs amicaux.

"Le processus va continuer, et je vais m’adapter, je vais voir quelle teinte, quelle couleur je peux donner à cette équipe"

Dans quels domaines trouvez-vous que votre équipe a progressé depuis le début de l’été ?
Déjà il est clair qu’elle a progressé. Certaines personnes m’avaient dit que les femmes n’étaient pas très intelligentes, et qu’il ne fallait pas les saturer d’informations. Moi j’ai toujours dit que dans la famille des Homo Sapiens, dans la catégorie des femmes intelligentes, il n’y avait pas que ma fille, ma mère et ma sœur. J’ai déjà travaillé avec des femmes et je sais que les femmes sont douées d’une intelligence tout à fait remarquable. Les filles sont tout à fait réceptives à un discours qui demandent certaines choses cognitives, autant que les garçons, et peut-être même plus. La seule différence, c’est qu’au contraire des garçons, elles ont besoin de plus de sécurité, et c’est parfois une limite. On ne peut pas tout construire dans la sécurité. Il n’y a pas de sport de très haut niveau sans prise de risques, sans oser, sans sortir des sentiers battus, sans s’engager au-delà des normes. C’est là qu’on a certainement des progrès à faire. Mais oui, l’équipe s’est améliorée. Déjà sur le fonds de jeu. Pour jouer ce genre d’équipes (Danemark Portugal, Géorgie), on était très organisés. Notre soutien s’est beaucoup amélioré, notre défense aussi. Et notre service nous a toujours tenues debout. Quand c’était difficile, il y a eu toujours ou une deux filles pour sortir une belle série au service.

Vos joueuses décrivent le style de jeu que vous avez instauré comme très cadré, très précis. La prochaine étape, vous l’avez évoqué plus haut, c’est de leur donner plus de libertés ?
J’ai pris certaines décisions pour équilibrer le jeu de l’équipe. Je suis parti de l’idée qu’il valait mieux faire quelques trucs bien exécutés, plutôt que de vouloir tout faire, mais tout faire à un niveau moyen, voire médiocre. J’ai préféré simplifier les choses. On a assez peu de temps pour se préparer. Je préfère qu’on fasse assez peu de choses, et bien les faire, plutôt que de vouloir tout faire comme les grandes équipes, puis au final ne faire rien du tout à un bon niveau. C’est l’option de départ que j’ai choisie, maintenant je considère l’encadrement d’une équipe non pas comme une réalité déterminée à l’avance, mais comme un processus. Je suis parti avec certaines idées, je regarde ce que ça donne. Le processus va continuer, et je vais m’adapter, je vais voir quelle teinte, quelle couleur je peux donner à cette équipe. A l’heure actuelle, je ne le sais pas. Je vais décanter tout cela, je vais réfléchir, et je vais voir quelles possibles évolutions je peux donner aux choses simples que j’ai mises en place durant cet été. La recherche de la performance est un processus. Bien évidemment que le résultat final compte, mais le chemin que l’on va parcourir est tout aussi déterminant. "Step by step", comme disent les Anglais.

Quels objectifs avez-vous fixés à vos joueuses pour l’année prochaine, où le grand temps fort sera donc le championnat d’Europe ?
Je n’ai fixé aucun objectif. Je suis un peu spécial, vous savez (rires). Je suis fils d’agriculteur, j’ai appris ce que c’était de vivre avec les pieds sur terre. Se projeter dans l’avenir alors qu’on n’était pas encore qualifiées, ça aurait été de l’arrogance et du mépris. Il n’en était pas question. La seule projection qui convenait, c’était de se qualifier. Systématiquement, j’ai refusé toute supputation sur le futur.

Reformulons la question. Quels objectifs allez-vous fixer à vos joueuses ?
J’aimerais surtout que ce soit elles qui se fixent un objectif ! Ce serait la plus belle des démarches. Mais c’est trop tôt pour réfléchir à tout ça. "Step by step", je vous dis. Pas à pas.