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23/03/2020
Antoine Brizard : « On est dans l’attente »
Comme tous les autres joueurs de l’équipe de France, Antoine Brizard est actuellement à l’arrêt avec son club de Varsovie, deuxième de la saison régulière à deux journées de son terme. Le passeur de l’équipe de France raconte son quotidien dans un pays où le confinement n’est pas imposé comme en France.
Peux-tu nous expliquer comment est la situation en Pologne face à l’épidémie de Covid-19 ?
La situation est beaucoup moins catastrophique qu’en France, je pense que l’épidémie a plutôt été mieux gérée, en tout cas plus tôt. Notre dernier entraînement date du 12 mars, notre dernier match du 7, on s’est arrêtés à peu près au même moment qu’en France, mais ils ont pris des mesures assez radicales dès le début, quand il n’y avait que 45 cas avérés, en fermant la plupart des magasins et en conseillant aux gens de rester chez eux. Sans imposer toutefois un confinement comme ce qui se fait en France ; car en Pologne, quand ils conseillent aux gens de rester chez eux, les gens le font vraiment. Le fait d’avoir pris le problème au sérieux très vite a jusqu’ici permis d’endiguer en partie l’épidémie, je crois qu’il y a un peu moins de 700 cas aujourd’hui.

Peux-tu sortir et fais-tu du sport pour t’entretenir ?
On peut sortir en balade, en faisant bien sûr attention, les restaurants sont ouverts pour ce qui est des livraisons, donc ça ne révolutionne pas notre quotidien, comme ça peut l’être dans d’autres pays comme la France et l’Italie. Sinon, l’entraîneur nous a bien stipulé que la saison n’était pas finie et qu’il fallait qu’on reste en forme, donc le préparateur physique nous envoie des séances d’entretien à faire à la maison tous les jours, mais c’est le strict minimum et plus ça va avancer, plus ça va être compliqué de reprendre la compétition, parce que comme personne n’a accès aux salles de sport car la plupart sont publiques, donc fermées, les états de forme sont en train de baisser dans tous les clubs.

Sais-tu si le Championnat va reprendre ?
Aujourd’hui, on est dans l’attente, on ne sait pas trop où on va, c’est très bizarre comme période. Je crois que les dirigeants de la Ligue ont rendez-vous le 26 mars, d’après ce que j’ai compris, ils vont décider d’annuler le Championnat.

On parle de plus en plus d’un report des Jeux olympiques, ça te paraît inéluctable ?
Oui, on ne va pas se le cacher, ça paraît très compliqué. J’ai lu qu’il y avait encore 43% de places qui n’étaient pas encore décernées pour les JO car les qualifications ne sont pas finies, on est quasiment en avril et les JO arrivent très vite. Avant qu’on reprenne des relatons sociales normales, ça va être long, ça va l’être encore plus pour les sportifs qui doivent retrouver une forme avant de jouer leur qualification pour les Jeux olympiques, je pense que c’est impossible qu’ils aient lieu à la date prévue.

Echangez-vous sur la situation entre joueurs de l’équipe de France ?
Oui, on en parle pas mal. Au début, on a beaucoup parlé avec les Italiens qui ont été les premiers touchés en Europe pour avoir leur ressenti, pour qu’ils nous racontent leur confinement… On a parlé aussi avec Earvin (Ngapeth) quand on a su qu’il était infecté, donc oui, on échange, et on sait tous que ça va être très compliqué que les Jeux aient lieu en juillet.

Est-ce frustrant de devoir interrompre sa saison comme ça, surtout quand, comme pour toi à Varsovie et en équipe de France, elle était jusqu’ici très réussie ou prends-tu du recul par rapport à ce qui se passe dans le monde ?
C’est clair que c’est accessoire. Pour moi aujourd’hui, la saison est finie, je ne me vois pas reprendre le Championnat alors que l’épidémie a atteint son pic ou va l’atteindre dans certains pays, je n’arrive pas à être déçu ou frustré. C’est vrai que nous faisions une très bonne saison, mais je n’y pense même plus. Pour l’équipe de France, c’est pareil, si on m’avait dit une semaine après la qualification que les JO seraient reportés pour une cause d’urgence sanitaire internationale, j’aurais été dépité, mais là, on a bien vu venir les choses, le ressenti est forcément différent. Ce qui arrive est triste pour le monde en général, ça dépasse largement le cadre du sport.