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10/04/2026
Que sont-elles devenues ? Karine Havas
Plus de vingt ans après avoir mis un terme à sa carrière de joueuse, l’ancienne passeuse internationale Karine Havas (101 sélections) peut se targuer d’avoir réussi sa reconversion professionnelle, puisqu’elle occupe, à 50 ans, la présidence de Bureau Veritas France. Elle raconte.
Avant de parler de votre après-carrière, si vous ne deviez retenir que trois moments marquants de votre carrière, lesquels choisiriez-vous ?
D’abord les titres de championne de France (trois) et les victoires en Coupe de France (quatre) avec Cannes. C’étaient les grandes années de Cannes avec Any Courtade (la présidente), un des plus gros clubs d’Europe quand j’y jouais (1995-1999). Ensuite - et ça ne se faisait pas trop à l’époque – mes saisons à l’étranger, en Espagne (une à Burgos, une à Grenade), deux expériences incroyables humainement et sportivement, parce qu’il y avait beaucoup de gens dans les salles à cette époque-là, avec de gros groupes de BTP qui investissaient dans le volley. Enfin notre médaille de bronze avec l'équipe de France aux championnats du monde universitaires à Las Palmas (1999), dans une autre ambiance, très jeune, très dynamique, un moment que j’ai adoré.

Comment avez-vous pris la décision d’arrêter et comment s’est passée la transition ?
Depuis que j’ai commencé à jouer au niveau professionnel, à 15 ans, je me suis toujours juré de ne jamais faire l’année de trop et de planifier ma fin de carrière. Donc j’ai fait des études, un Master en Corporate Finance, avec l’idée de débuter ma deuxième carrière quand je le déciderai, je ne voulais pas subir ce choix. Comme j’ai vraiment intégré ça dès le départ, je n’ai pas eu la dépression qu’ont pu connaître certains sportifs quand j'ai décidé d'arrêter. Pourtant, je me retrouvais à la retraite à 30 ans, alors que j’avais passé la moitié de ma vie à jouer au volley, ça aurait pu être traumatisant, mais je ne l’ai pas vécu comme ça, parce que j’avais l’impression d’avoir fait le tour. C’était pour moi le bon moment de passer à autre chose, j’avais planifié de ne pas rester dans le sport, je savais que j’allais me reconvertir dans une entreprise privée.

Et c'est ce qui s'est effectivement passé ?
Oui, mais les débuts ont été durs, parce que du jour au lendemain, tu n’es personne et il faut tout reconstruire dans un domaine que tu ne connais pas, c’est une sorte de précipice parce que tu recommences tout à zéro. Et dans le monde de l’entreprise, il y a très peu de gens capables de valoriser ce qu’est le sport de haut niveau. Je me rappellerai toute ma vie de mon premier entretien de recrutement, avec un interlocuteur qui me demande ce que j’ai fait jusqu’ici. Je lui dis : "Sportive de haut niveau, j’ai fait du volley pendant 15 ans et j’ai été capitaine de l’équipe de France". Et il me répond : "Ah oui, moi aussi je fais du golf le week-end" ! J’ai pris une douche froide et je me suis dit : "OK, je ferme définitivement ce livre du volley, ça n'intéresse personne". Je n’avais alors pas terminé ma carrière sportive, j’ai fini par dire que j’étais prête à travailler en stage, gratuitement. J’ai alors eu la chance d’avoir affaire à un PDG qui avait fait du tennis à plutôt haut niveau quand il était jeune et a accepté de me prendre dans son entreprise. J’ai commencé à travailler en logistique pour 7 euros de l’heure dans une agence en Espagne, la saison où je jouais à Grenade. Je travaillais le matin, j’allais m’entraîner tous les après-midi et je jouais les week-ends. A un moment, le patron de l’agence a vu que j’étais quand même un petit peu sur-diplômée pour tout ça, ils m’ont proposé un job au siège à Paris, j’ai alors fait une dernière pige à Villebon à la demande d’Hervé Mazzon. Cette entreprise m’a donné ma chance, et ensuite, j’ai eu de la chance parce que c’est allé très vite pour moi, notamment grâce aux compétences que j’avais développées dans le sport, surtout managériales. Je pense que le sport m'a beaucoup aidée pour faire mes preuves jusqu'à arriver au plus haut niveau de l’entreprise.

Vous êtes aujourd’hui
présidente de Bureau Veritas France. Quand vous vous retournez sur ce parcours professionnel depuis vingt ans, qu’est-ce que ça vous inspire ?
Honnêtement, c’est incroyable parce que quand j’ai mis le pied dans l’entreprise, c’était tout nouveau pour moi. Ma famille ne vient pas de ce milieu-là, mes parents étaient professeurs d’éducation physique et sportive, je n’ai jamais eu de culture entrepreneuriale. Donc quand je regarde ça, je suis assez fière. Surtout que pendant ces vingt ans, j’ai eu trois enfants, donc j’ai pris des congés maternité et parentaux, je me rends compte que c’est allé très vite. Ça n'a pas été sans effort, mais encore une fois, je remercie le sport. Les gens pensaient que je rentrais dans l’entreprise, à 30 ans, avec une page blanche, sauf que grâce au sport, j’avais une page invisible énorme, ce qu’on appelle les soft skills, notamment une grosse capacité de travail et celle, qu’on développe vraiment dans le sport quand on se fixe un objectif, de savoir mettre en place une organisation optimale pour qu’un projet fonctionne et réussisse.

Avez-vous coupé avec le monde du volley ?
Au début oui, car comme je me suis vite rendu compte que je n’étais pas crédible en tant que sportive dans l’entreprise, j’ai vraiment mis de ça côté, j’avais besoin de me reconcentrer sur mon futur. Maintenant, j’ai forcément gardé des contacts et je suis restée connectée au volley parce que mon mari (Frédéric Havas) était lui-même international, avant de devenir coach. Aujourd’hui, j’y reviens par mes enfants qui jouent tous au volley, à des niveaux différents, je passe tous mes week-ends dans les gymnases à les regarder jouer, notamment Paloma qui est en équipe de France jeune, passionnée, et me surpassera, j’en suis sûre. Je viens aussi d’intégrer le conseil d’administration de la fondation Alice Milliat. A 50 ans, je pense que j’ai acquis deux crédibilités, une dans le sport et une dans l’entreprise, que je peux réunir pour œuvrer dans ce sens de la parité dans le sport.

Forte de votre expérience, quels conseils donneriez-vous aux joueuses actuelles sur l’après-carrière ?
Je pense que c’est très important de l’intégrer très tôt dans sa réflexion, même quand on est très jeune, qu’on a beaucoup d’ambition et qu’on se dit qu’on va pouvoir vivre du volley. Car une fois que la carrière est finie, on n'intéresse plus grand monde. Donc il faut préparer la suite pendant qu’on est encore « intéressante » et qu’on est dans un écosystème relationnel qui peut être utile et a envie de vous aider. Donc, mon conseil c’est vraiment que l’après-carrière fasse son chemin pendant la carrière sportive. C’est d’ailleurs ce que je souhaite pour Paloma, qui est alignée sur le sujet, c’est très important qu’elle mène en parallèle études et sport. D’autant que ça permet mentalement, quand on n'est pas bien d’un côté, de se rattacher à l’autre, donc de garder un bon équilibre.