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24/02/2016
Que sont-ils devenus ? Eric Bouvier...
Que sont devenus les anciens internationaux ou anciennes internationales tricolores ? Pour la deuxième édition de notre rubrique, zoom sur Eric Bouvier, 55 ans, membre de l'équipe de France dans les années 1980 (325 sélections).
Eric, vous avez fait partie d'une des très belles générations du volley français, dans les années 1980. Quel souvenir gardez-vous de cette période ?
J'en garde d'excellents souvenirs. C'était à la fois une superbe équipe, et une période assez unique. Il y a eu la fameuse aventure des 18 mois (la très longue préparation des Bleus pour le Mondial 1986 en France, ndlr). Je n'ai pas fait les 18 mois, j'ai dû en faire seulement 14. Mais c'était quelque chose de précurseur pour l'époque. Une superbe expérience. Il y a un esprit de pionniers, d'aventuriers. On ne gagnait quasiment pas d'argent en jouant au volley... Il y avait une sorte de fraîcheur. Pour moi, c'est un souvenir extraordinaire, même si les résultats n'ont pas été à la hauteur de ce qu'on aurait voulu faire et surtout de ce qu'on aurait pu faire (une médaille de bronze à l'Euro 85, une médaille d'argent à l'Euro 87). Mais c'est comme ça. Je n'ai pas de regrets par rapport à ça.

Vous avez arrêté le volley en 1992...
Officiellement, oui. J'ai rejoué un peu après avec mon club de Lyon dont je m'occupais. Mais c'était plus pour le plaisir et pour rendre service. Je considère que ma carrière s'est vraiment arrêtée en 1992.

Et ensuite, vous avez quitté le monde du volley...

J'ai bossé ! Je suis rentré dans un groupe français qui s'appelle bioMérieux, comme commercial. J'avais fait un MBA en sortant des Jeux Olympiques de 1992 pour renforcer ma formation. Je suis donc rentré comme vendeur, et je suis rapidement passé au marketing international. En 1999, je suis devenu directeur marketing monde pour bioMérieux. Ensuite, j'ai eu d'autres expériences. J'ai travaillé pour monter un site Internet dans le monde du sport, puis j'ai aussi été en charge d'une région pour le groupe Adecco. Après, je suis retourné chez bioMérieux pour m'occuper de programmes de recherche, avant de partir gérer la filiale américaine. J'ai vécu aux Etats-Unis pendant trois ans, en tant que directeur de bioMérieux USA et Canada. Je suis revenu en France de 2006 à 2011 pour en devenir le directeur général adjoint.. Par la suite, je suis parti en Allemagne pour m'occuper de la filiale du groupe américain Leica. J'étais président de cette société, qui s'occupait de la partie microscopique. Puis, j'ai géré une start-up à Boston (BG Medicine), qui travaillait dans le domaine cardiaque. Enfin, je suis revenu en France il y a moins de trois ans, et je suis maintenant directeur général de la société familiale, que mon épouse avait reprise en 1980. C'est une société de cosmétiques (Strand Cosmetics). Je suis au conseil d'administration, et nous sommes les actionnaires majoritaires.

"Entraîner ? Ça ne m'intéressait pas du tout"


Vous avez eu une après-carrière très remplie. Vous aviez fait des études avant d'arrêter votre carrière dans le volley ?
Oui, j'étais pharmacien. J'avais démarré mes études bien avant d'intégrer l'équipe de France, donc il était hors de question que je les arrête. Et on était l'une des dernières générations à ne pas être professionnels. On était tous plus ou moins étudiants. Il y avait peu d'alternatives.

Vous n'avez jamais été tenté de continuer dans le volley, en tant qu'entraîneur ?
Non, jamais. Ça ne m'intéressait vraiment pas du tout. Et je ne sais pas trop pourquoi. J'aimais bien le volley, mais l'entraînement ne m'a jamais passionné.

Pourtant, parmi vos coéquipiers de l'époque, il y a des entraîneurs reconnus comme Laurent Tillie ou Philippe Blain...
Oui, il y a aussi Hervé Mazzon, Stéphane Faure... Mais moi ça ne m'a jamais vraiment tenté.

Vous avez toujours des contacts avec eux ?
Oui, je les ai régulièrement au téléphone. Ce sont des gars que j'aime beaucoup. Je le répète, le volley représente vraiment pour moi une période merveilleuse. On a eu de la chance de participer à ça.

Est-ce qu'il y a des souvenirs que vous avez qui symbolisent cette époque ?
Il y a par exemple les stages d'altitude que l'on faisait à Font-Romeu. On passait beaucoup de temps ensemble. Ces moments-là, ça forge une équipe. Il y a aussi eu des moments très forts comme la qualification olympique en 1987. Les premiers bons résultats aussi, comme le championnat d'Europe 1985, le "top ten" en Corée où on joue la finale contre les Russes, alors que l'équipe était en pleine ascension. Mais ensuite, il y a eu de grandes déceptions, comme le fait de ne pas être en demi-finale à Paris au Mondial 86, alors qu'on misait largement là-dessus. J'ai mis beaucoup de temps à digérer ça. Et puis les Jeux Olympiques à Séoul en 1988, où on aurait aussi pu ramener une médaille. On n'a jamais su franchir ce cap-là, à part au niveau européen, en 1985 et 1987. C'est dommage, parce que je pense qu'on avait le potentiel pour le faire.

"Tillie ? Je trouve que ce qu'il fait est superbe"

Vous gardez un œil sur les performances de l'équipe de France ?
Oui, je les suis régulièrement, et j'essaye de regarder les matches quand je le peux. J'ai gardé contact avec Laurent Tillie. Je trouve que ce qu'il fait est superbe. Il a enfin ramené le premier titre, et ça c'est magnifique.

Pensiez-vous qu'il deviendrait un si bon entraîneur ?
Il s'intéressait beaucoup au jeu, mais je ne pensais pas qu'il en ferait son métier. Il était kiné à l'époque. Il a d'ailleurs commencé sa carrière en tant que kiné, mais ensuite il s'est pris au jeu. Je trouve la façon dont il manage son groupe assez remarquable. C'est pensé, réfléchi, basé sur une longue expérience, sur beaucoup de travail, sur la patience. C'est un exemple.

Qu'est-ce qui vous plaît ? Le style de jeu ?
En ce qui concerne le style de jeu, il a les joueurs pour jouer de cette façon. On avait un peu ce style de jeu il y a 30 ans aussi. On n'était pas bien grands, et on jouait très vite. C'était le jeu de prédilection d'Alain Fabiani, notre passeur. Mais ce qui me plaît dans l'équipe de Laurent, c'est sa réflexion. Il est toujours en train de réfléchir à comment il peut améliorer les choses. Il utilise beaucoup ce qu'il a appris dans toutes ses expériences, et notamment celle de 1986. C'est fort d'avoir su s'enrichir de tout ça, et de le ressortir pour obtenir d'aussi bons résultats. Même au Tournoi de Qualification Olympique, où ils perdent contre les Russes en finale, il a poussé le groupe à son maximum.

On imagine que vous leur souhaitez le meilleur pour Rio...
Je pense qu'ils ont de très bonnes chances de se qualifier, et d'y réaliser une très bonne performance. Parce qu'on ne va pas aux J.O. juste pour regarder les J.O. On avait fait cette bêtise en 1988, où c'était une fin en soi d'aller aux J.O. Et je leur souhaite aussi de construire une équipe qui soit pérenne, et pas comme l'équipe de France 1985-86, qui s'est un petit peu étiolée après 1988 avec l'arrêt de carrière des certains joueurs. Il faudrait arriver à faire ce qu'a fait le handball. Ils ont construit à partir de 1992, et ils sont toujours là. Avec plus de hauts que de bas.