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25/03/2017
Que sont-elles devenues ? Marie-Christine Lebleu-Clavreul
Suite de notre série consacrée aux ancien(ne)s international(e)s avec Marie-Christine Lebleu-Clavreul, joueuse de l'équipe de France de 1980 à 1990, vice-présidence de l'Association des internationaux français de volley-ball, et dont la fille Juliette Fidon évolue en sélection et à Evreux.
Comment avez-vous été amenée à jouer au volley ? Etait-ce une passion familiale ?
Non, pas du tout, j’ai joué au volley complètement par hasard, puisque je n’ai commencé que très tard, en deuxième année de fac : j’étais en STAPS, il fallait choisir une option, j’avais pris la natation parce que j’en avais fait sept ans en club, ce qui m’assurait de très bonnes notes, mais au bout de trois mois à ramer dans un bassin tous les matins à 8h sans parler à personne, ça m’a lassée, et comme j’avais des amies qui étaient au volley, j’ai changé d’option en décembre. Ça m’a vite plu et j’ai rapidement progressé. J’ai d’abord suivi une fille dans son club, à Courrières, en Régionale 2, pour finir la saison de février à mai, puis l’année d’après, j’ai muté au LUC, à Lille où j’étais en fac, en Nationale 3, c’est pendant cette saison-là, en février 1980, que j’ai fait mon premier stage en équipe de France à Narbonne. J’étais tellement heureuse de faire ça que je me suis entraînée dur, si bien que je suis restée en équipe de France, et la saison d’après, l’entraîneur d’alors, Séverin Granvorka, m’a conseillé de trouver un club au sein duquel la différence de niveau avec l’équipe de France serait moins importante, j’ai eu diverses propositions et j’ai choisi Clamart. J’ai fait cinq ans à Clamart, puis cinq ans au Racing.

Etiez-vous professionnelle ?
Non, puisque j’ai terminé mes études en obtenant mon CAPES en 1982, puis j’ai enseigné, mais j’étais professionnelle dans le sens où je m’entraînais deux fois par jour, soit à l’Insep, soit dans mon club, avec des matchs de Championnat tous les week-ends et un programme très lourd en équipe de France avec toute une série de tournois internationaux à Noël, au printemps et l’été. Certaines années, j’ai travaillé à plein temps, d’autres à mi-temps, j’ai parfois été détachée complètement pour jouer au volley, j’ai aussi eu des années où j’étais détachée à la direction nationale du sport scolaire à Paris, c’était assez pratique parce que mon emploi du temps professionnel s’adaptait plus facilement à mon agenda sportif. Cela me convenait en tout cas très bien de travailler tout en jouant, ça me permettait de rester en prise avec la réalité.

Quels moments forts gardez-vous de votre carrière ?
En équipe de France, je garde un très bon souvenir d’un tournoi en Belgique : comme l’équipe de France juniors s’était qualifiée pour le Championnat d’Europe de sa catégorie, au contraire des seniors, les entraîneurs avaient décidé d’envoyer les juniors à la Spring Cup, une compétition senior en Belgique avec tous les pays européens sauf ceux de l’Est, afin de les préparer. J’avais été ajoutée à cette équipe pour aider les jeunes, et de fil en aiguille, contre toute attente, nous avons gagné des matchs puis la compétition contre l’Allemagne, c’était délirant ! Après, en club, nous avons été cinq fois championnes de France avec Clamart, j’ai ensuite été recrutée par le Racing Club de France qui voulait monter une équipe ambitieuse. Je me suis retrouvée parachutée entraîneure après Noël, la première année, nous avons été vice-championnes, les saisons suivantes, nous sommes parties sur une série de quatre titres. Sur dix saisons au plus haut niveau, j’ai eu neuf titres, je suis assez contente et fière, je n’ai jamais été blasée. Et avec le Racing, nous avons été au Final Four de la Coupe des champions en 1990. Mais ce que je retiens surtout de ces années volley, c’est une aventure humaine extraordinaire, cinq-six amitiés extrêmement solides, je n’ai vécu que des choses très fortes. J’ai adoré m’entraîner dur, j’ai adoré jouer des matchs difficiles devant des publics hostiles, tout ça m’a permis de développer des qualités de pugnacité qui m’ont beaucoup aidée par la suite dans ma vie personnelle, à tous les niveaux…

Justement, à quel moment avez-vous arrêté votre carrière ?

Pour l'équipe de France, cela s’est fait en deux fois. Il y a eu un premier break en 1986, puis je suis revenue en équipe de France quatre ans plus tard, appelée par Gérard Denaja et Jue Gang Bai, pour encadrer les jeunes pour les Championnats du monde B en Espagne en 1990. J’ai joué cette compétition, j’ai ensuite disputé un dernier tournoi à Dijon avec le Racing, avec lequel j'avais joué le Final Four européen cette même saison, puis j’ai raccroché les baskets et j’ai fait un enfant. Lors de mes deux dernières années de joueuse, j’ai passé le diplôme supérieur de l’Insep, option entraînement, que j'ai obtenu en 1990. Quand j'ai arrêté, j'ai intégré un poste d’enseignante d’EPS eu lycée Champlain de Chenevières-sur-Marne ; puis en 2004, j’ai déménagé pour suivre mon mari à Antony, j’ai demandé ma mutation dans un lycée professionnel, le lycée des métiers Armand Guillaumin, à Orly. C’est un public difficile, mais j’adore. J’éprouve énormément de satisfactions émotionnelles et affectives avec ces jeunes : quand on arrive à créer le lien, ils nous suivent en haut de l’Everest…

"Très heureuse de voir que la Fédération est prête à mettre les moyens sur les filles"

Quels liens avez-vous gardés avec le volley ?

J’ai complètement débranché dans un premier temps quand j’ai eu mes deux enfants, Rémi, puis, six ans après, Juliette, mais il se trouve que Rémi, après avoir fait de la natation, du rugby, du foot, a essayé le volley à Villiers-sur-Marne, ça lui a plu. Pareil ensuite pour Juliette qui accompagnait son frère à l’entraînement et a démarré très jeune, du coup, par le biais de mes enfants, j’ai renoué des relations avec le milieu du volley. En déménageant à Antony, nous les avons inscrits au club du Plessis-Robinson, où je me suis investie en tant que dirigeante et entraîneure. Maintenant, c’est fini, je me déplace juste pour voir mes enfants. Rémi a été trois ans à Tourcoing puis un an au Paris Volley avant d’aller à Fréjus, il n’a pas pu reprendre à cause d’une blessure mais il est complètement épanoui, il a intégré une licence professionnelle et a trouvé un employeur en alternance avec qui ça se passe très bien ; quant à Juliette, elle a été à l’IFVB de Toulouse, puis un an aux Etats-Unis où elle n’a pas souhaité rester, elle est rentrée avec l’objectif de trouver un club pro qui lui donne du temps de jeu, c’est le cas à Evreux.

Comment voyez-vous son avenir ?
Je ne vois rien du tout, mon seul souci, c’est qu’elle vive en accord avec ses motivations. Là, l’objectif pour elle était de se montrer et d’être performante, cela a été le cas cette saison jusqu’à ce qu’elle se blesse à la cheville en décembre puis aux abdos, mais elle est bien revenue si j’en crois ses statistiques face à Cannes samedi dernier (22 points, dont 8 blocs, ndlr). Elle a intégré l’équipe de France la saison dernière le début août, elle s’est bien débrouillée, je pense qu’elle a des qualités, même si, à 20 ans, elle a évidemment plein de choses à apprendre sur le volley et sur elle-même. Maintenant, le premier truc, c’est qu’il faut qu’elle s’amuse, jouer au volley doit rester un bonheur malgré la difficulté liée au rythme imposé par le haut niveau.

Quel regard portez-vous sur l’équipe de France féminine ?
Je suis très heureuse de voir que la Fédération est prête à mettre les moyens sur les filles, j’espère que ce sera sur la durée, parce que les résultats n’arriveront pas dans un an ni dans deux ans. Il faut des moyens donc, mais aussi mettre en place un programme conséquent d’entraînement en dehors des périodes de championnat, et surtout arriver à négocier avec les équipes étrangères de bon niveau pour que les filles puissent jouer un maximum de matchs. Je pense enfin qu’il faut élargir le groupe France pour permettre à celles qui sont le plus sollicitées en club et en équipe de France d'être momentanément soulagées.

Vous faites partie de l’Association des internationaux français de volley-ball (AIFVB), quel rôle y jouez-vous ?
Je suis vice-présidente, nous essayons d’insuffler des choses nouvelles. Par exemple, du 27 au 30 mars, il y a les finales UNSS de volley qui se déroulent à Charenton, je suis sur l’organisation en tant que prof d’EPS du 94, mais j’ai aussi eu l’idée avec ma casquette de l’AIFVB de remettre une récompense aux trois équipes finalistes et de faire venir le mercredi les joueuses pros du Stade Français Paris Saint-Cloud pour rencontrer les jeunes. A côté, nous essayons de faire adhérer les jeunes internationaux à l’AIFVB, de leur expliquer que nous pouvons leur faire bénéficier d’un réseau ou d’un accompagnement personnalisé pour les aider tout au long de leur carrière et surtout à préparer leur après-carrière. Les joueurs plus proches de la fin de carrière sont plus sensibles à ce discours, c’est plus difficile de sensibiliser les jeunes.